Qu’est-ce qui nous empêche d’apprendre de nouvelles choses ?

Second article de la série « Apprendre à apprendre » : les 3 barrières mentales principales

Le premier article de la série apprendre à apprendre peut être lu ici : Comment devenir webdesigner sans aller en école d’art ou suivre une formation en informatique

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Qui a déjà dit « les enfants apprennent tellement plus vite que nous ! » en le pensant vraiment ?!

Sérieusement ?!

Est-ce que vous avez essayé d’avoir une conversation avec un enfant de 5 ans ? Parce qu’outre le fait que ce n’est intellectuellement pas très stimulant, on ne peut pas dire que sa maitrise de la langue française soit au point…

…alors que ça fait 5 ANS qu’il apprend cette langue ou au moins qu’il y est confronté. 5 ans qu’il ne fait QUE ça. Sans avoir à se soucier de ce qu’il va manger le soir, de comment payer le loyer le mois prochain, ou de s’il a avoir des vêtements propres à se mettre le lendemain. Donc ce n’est vraiment pas la peine de vous en vouloir si vous trouvez vos progrès en anglais un peu lents…

Ce n’est pas que je pense que les enfants n’apprennent rien. C’est juste qu’à mon avis, on surestime leurs capacités et surtout qu’on s’en sert d’excuses un peu trop facilement pour justifier pourquoi nous, on n’apprend rien de nouveau.

Voici les 3 barrières mentales principales qui nous retiennent d’apprendre à apprendre :

Apprendre quelque chose de nouveau est souvent intimidant

Quand j’ai pris des cours pour apprendre à surfer, j’étais parfois greffée au cours du club constitué d’enfants de 7 à 12 ans qui s’entrainent tout au long de l’année. Je crois que le moniteur a jugé mon niveau d’embarras pas trop élevé et que je pourrais encaisser le fait d’être potentiellement la plus nulle du groupe.

C’est sûr qu’ils sont plus souples et plus rapides à se lever sur leurs planches. Mais quand on apprend quelque chose de nouveau, c’est toujours comme ça : il y a d’énormes trous dans nos connaissances du sujet d’apprentissage. Et en tant qu’adulte, on est réalise très bien l’étendue de ce qu’on ne sait pas, et par conséquent, le risque du ridicule auquel on va s’exposer. Cette ambiguïté cause peur et incertitude, et les parties de notre cerveau qui sont calibrés sur la survie commencent à paniquer. Et quel est le meilleur moyen d’arrêter d’avoir peur ? Laisser tomber.

Et le surf, dans la catégorie des « sports intimidants » est un bon exemple. Mais dans une certaine mesure, c’est la même chose pour les gamins de 10 ans. Certains enfants semblent a priori avoir moins d’appréhension à aller vers les grosses vagues mais c’est plutôt une question de personnalité.

A l’âge de 7 ans, pour mon premier cours pour apprendre à nager, le maitre-nageur m’a demandé de sauter dans le grand bassin, depuis le plongeoir du un mètre. Je n’ai pas sauté. Alors que ma sœur cadette, deux ans plus tard oui. Peut être que je suis de nature plus prudente, et peut être que ma sœur m’ayant vu nager depuis 2 ans pensait que ce n’était pas grand chose. Parce que même si je n’ai pas sauté le premier jour, en 10 leçons, la question des 50 mètres était réglé, j’ai fait de la natation en compétition pendant 10 ans et travailler en tant que sauveteur en mer. Je n’ai plus jamais eu peur de l’eau ensuite. L’appréhension de départ peut être vite oubliée et n’a pas grand chose à voir avec le fait que vous serez doué ou non.

Passer maitre d’une discipline demande du temps, pas du talent.

La plupart des gens ne s’engage pas à apprendre quelque chose de spécifique

Les gens se disent simplement « je pense que ce serait sympa d’apprendre le japonais un jour » sans jamais pour autant faire un plan, s’asseoir et passer à la pratique. Ou sans ni même d’ailleurs prendre un moment pour réfléchir POURQUOI le japonais ? Du coup, c’est quasiment impossible d’en faire une priorité par rapport à d’autres comme regarder une énième vidéo de chat sur Facebook.

Sans avoir besoin de préparer un curriculum fixé une fois pour toute pour les deux années à venir, vous aurez besoin de tuto, de livres, ou de suivre un programme déterminé pour apprendre un truc. Le cerveau n’intègre rien pas la simple opération du Saint-Esprit.

Pour apprendre le surf, j’ai aussi pris des cours. Idem pour apprendre à créer de bonnes habitudes ou comment raconter sa vie sur un blog, et je paye 150 euros par mois pour avoir des cours de Crossfit un bon coach d’haltéro. Le truc, c’est que je ne considère pas ces coûts comme des dépenses mais comme un investissement. En moi-même.

Sur ce point, les adultes s’en sortent mieux. Les enfants ont du mal à se concentrer plus d’un certain temps. Donc sur une heure de cours, on peut en tirer bien davantage. La concentration par contre n’a pas grand chose à voir avec la discipline. Car tout le monde doit faire face à la Résistance, cette force qui nous empêche d’accomplir de grandes choses. Non, la seule chose qui compte quand on se lance dans l’apprentissage d’une nouvelle discipline, c’est de pointer. De faire acte de présence. Tous les jours. Quoiqu’il arrive. Juste ouvrir le cahier de cours et s’en féliciter. Et ma fois, si on finit par se poser une heure, tant mieux.

Apprendre quelque chose de nouveau est en général frustrant

Imaginons que vous avez passé les deux premières étapes, que vous vous êtes posé et que vous avez attaqué la pratique. Voici ce qui va se passer : VOUS ALLEZ ETRE MAUVAIS. Tellement mauvais… Et quelle est la façon la plus simple d’arrêter de se sentir con ? D’arrêter de s’entrainer et de se dire « ça n’était pas si intéressant que ça de toute façon » ou « ce n’était pas pour moi ».

Je ne sais pas si le pire quand je me suis mise au hautbois fut pour moi ou pour mon entourage. Ou si le plus embarrassant fut de faire des overhead squat avec un manche à balai pendant un mois parce que je ne pouvais pas soulever une barre, ou de regarder impuissante ma belle-famille attablée au grand complet jeter des regards au Boyfriend lui demandant silencieusement « qu’est-ce qu’elle a essayé de dire là ta copine au juste ? ».

Je serais tentée de dire que peut être les enfants sont cette innocence qui leur permet de ne pas percevoir autant leur nullité, mais je ne pense pas que ce soit vrai. En tout cas, je savais quand je connaissais ma poésie ou quand je ne pouvais pas la réciter correctement.

Apprendre ne s’arrête pas après l’école. Ma grand-mère qui s’est complètement débarrassée de ces barrières mentales a appris à se servir d’un ordinateur et d’internet pour apprécier pouvoir chercher par elle-même des recettes de cuisine ou des points de tricots et pouvoir parler à ses petits-enfants sur Skype.

Parce que quel soit notre âge, apprendre quelque chose de nouveau est souvent porteur de liberté.

Je ne veux pas manquer le prochain article qui m'aidera à me lancer en freelance, me construire une activité qui me passionne et à avoir une vie pas banale ! Merci de promettre de ne pas me spammer :)

Déjà 13 commentaires Ajoutez le votre

  1. Cecile

    Salut Caro, je suis globalement d’accord avec toi sauf sur les enfants: avant d’apprendre à parler ils apprennent aussi ce qu’est un langage et à marcher, etc… mais leur défaut de concentration rétabli la balance. J’ai une autre raison sur le bout de la langue qui doit rentrer dans ton troisième point: la bulle de confort. Pur apprendre il faut prendre des risques: remettre en question ces connaissances, prendre le risque d’être mauvais. Et enfin: quand j’ai expliqué à ma belle-mère que lire en anglais était pour moi un moyen de pratiquer la langue et maintenir mon niveau elle m’a répondu: « l’anglais? pour quoi faire? tu es prof de maths!! »
    Tchô !

    • Caro Hardy

      Ah c’est vrai que les enfants apprennent pas mal de choses en même temps oui, c’est juste que c’est trop facile de se dire que c’est facile pour eux et que c’est pour ça qu’adulte, on ne fait plus l’effort.
      C’est un bon point que tu soulèves aussi sur l’incompréhension de l’entourage qui ne se gène pas parfois pour être extrêmement rabat-joie !

  2. jonathan

    super article! T’es vraiment super interessante quand il s’agit de developpement personnel

    • Caro Hardy

      Venant de ta part, je suis très flattée ! Merci. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Jonathan est un écrivain fabuleux ! Ces histoires d’aventures sont tout à fait délicieuses : à lire absolument !

  3. tutu

    je dirais que mon meilleur ennemi c’est moi
    Je me dis tout le temps que ca va être compliqué etl’echec va pointer le bout de son nez.
    Alors pendant longtemps je n’ai rien fait car ca m’usait et ne rien faire c’est l’assurance de ne jamais echouer.
    Je te passe le détail de mon parcours scolaire…ben exemple aussi
    J’ai parfois des aspirations perfectionnistes, c’est à dire si c’est pas parfait alors c’est nul, raté. A ce train là tout était synonyme d’echec et je valorisais pas mes quelques tentatives
    Ces dernières années j’étais arrivée au bout de ce cycle sclérosé, je sentais un creux dans ma vie,sans changement, un electrocardiogramme plat,et c’est tellement pas moi .

    J’essaye petit à petit de faire et de ne pas faire des bonds arrières même si ca ne ma

  4. tutu

    …si ca ne marche pas du premier coup…
    L’echec n’a pas une belle connotation ici , contrairement aux pays anglo saxons…
    Merci d’avoir soulevé un point interessant

    • Caro Hardy

      Merci pour ton commentaire !
      Je ne sais pas si c’est vraiment une question de culture. C’est aussi juste une transition à faire dans sa tête : se dire quand on est face à un challenge que c’est là une fantastique opportunité pour apprendre quelque chose de nouveau.

  5. Bulle

    Excellent article. C’est vrai que parfois c’est frustrant. Parfois, on s’attend à ce qu’à partir du moment où on décide d’apprendre quelque chose, on aura tout acquis d’un coup de baguette magique mais non…l’apprentissage peut parfois être lent…trop lent.

    • Caro Hardy

      Oui mais il faut aussi apprendre à « apprécier le processus », rire du fait qu’on est archi nul à quelque chose, se concentrer pour s’améliorer et se féliciter des progrès, aussi infimes semblent-ils au départ. Merci pour ton commentaire !

  6. Gabriel

    Salut,

    Cet article m’arrive pile au bon moment; je suis entrain de m’auto former au métier de webdesigner et comme tu le dis, c’est difficile et j’ai envie d’arrêter au moindre problème.

    Il y a une précision que l’on peut rajouter à ce que tu dis; par rapport à l’apprentissage d’une langue, du web design ou en général d’une nouvelle connaissance.
    Quand on apprend une nouvelle connaissance, généralement (sauf si on a un don pour ça), au début c’est très difficile pour apprendre les bases; si on prend l’exemple du dev front end, au début, c’est assez compliqué de concevoir ce qu’est une balise, l’incrémentation, les sélecteurs,…etc Mais ensuite, ça devient plus évident. Toujours dans l’exemple d’apprendre le dev front end, après avoir appris les bases, le css, organiser une page,…etc ça devient plus simple. Et c’est là que personnellement, j’ai un problème, j’ai tendance (et peut-être d’autres aussi) à me dire: « Wouhou! je suis super fort dans ça, j’apprends facilement, je vais bientôt pouvoir faire des sites comme un pro ». Sauf que à partir de là, c’est comme si je ne voulais plus apprendre du tout. Pour continuer à parler de moi (vu que c’est l’exemple le plus précis que je puisse avoir lol), quand j’ai vu qu’il existait aussi le Jquery, l’Angular Js, l’Ajax…etc, je suis tombé de mon petit nuage et ça m’a effrayé cette masse de travail que je ne concevais pas.

    Voilà, tout ça pour dire qu’apprendre, qu’on soit jeune ou non (j’ai 19 ans pour ma part), c’est quelque chose de compliqué qui peut affecter son moral mais que comme tu le dis, faut pas lâcher car ça en vaut le coup.

    • Caro Hardy

      C’est à dire qu’apprendre est un processus constant. Il n’y a pas de fin. Il y a toujours plus à apprendre et il y aura toujours des gens meilleurs. C’est important de bien comprendre ça parce que sinon, on repousse les choses, on se dit qu’on commencera à travailler en freelance quand on saura telle ou telle chose. Alors qu’en fait, on peut être à n’importe quel niveau et commencer à apporter de la valeur (dans la mesure où on résout le problème de quelqu’un).

      Mais le mieux, c’est encore de se démener pour être payé pour apprendre. C’est dur sur le coup de se retrouver à devoir faire un truc qu’on n’a encore jamais fait ou qui est juste un peu au-delà de ses compétences, mais y a pas plus efficace pour apprendre vite…

  7. Wirusu

    Bonjour :)
    Alors tout d’abord je tiens à te dire merci pour tes articles qui sont non seulement super agréables à lire, mais aussi très formateurs.
    Je me suis vraiment retrouvé dans cet article, au point d’en sourire quand j’ai lu « je pense que ce serait sympa d’apprendre le japonais un jour » car c’est tout à fait ça. Malheureusement, cette barrière m’a aussi freinée dans l’apprentissage du dessin, de Photoshop et récemment le Javascript. Et c’est vraiment dommage parce qu’à force de ne rien faire j’avais fini par me convaincre que j’étais incapable. Mais aujourd’hui j’ai repris le pas ce qui m’a permis de retrouver ce sentiment qu’est le gout de l’effort. Sentiment qui selon moi, n’est pas assez mis en avant dans notre société.

  8. Sylvie

    Salut Caro !
    Merci pour ces articles, je me lance dans la création de sites internet et c’est exactement ce que j’ai besoin de lire/d’entendre en ce moment. Et pour les enfants ? Ah ben j’en ai trois, c’est un peu ça le problème, en plus du webdesign il y a les lessives, les tétées, les devoirs, tout ça… je sens que je vais avoir besoin de te lire pour rester remontée à bloc et ne pas lâcher !

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